Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/266

Cette page n’a pas encore été corrigée


la connoître. Je ne suis point le dernier en rang dans cet ordre illustre, & crois, malgré vos prétentions vous valoir à tous égards. J’ai une sœur à marier ; elle est noble, jeune, aimable, riche ; elle ne cede à Julie que par les qualités que vous comptez pour rien. Si quiconque a senti les charmes de votre fille pouvoit tourner ailleurs ses yeux & son cœur, quel honneur je me ferois d’accepter avec rien pour mon beau-frere, celui que je vous propose pour gendre avec la moitié de mon bien !

Je connus à la réplique de ton pere que cette conversation ne faisoit que l’aigrir, & quoique pénétrée d’admiration pour la générosité de Milord Edouard, je sentis qu’un homme aussi peu liant que lui n’étoit propre qu’à ruiner à jamais la négociation qu’il avoit entreprise. Je me hâtai donc de rentrer avant que les choses allassent plus loin. Mon retour fit rompre cet entretien, & l’on se sépara le moment d’après assez froidement. Quant à mon pere, je trouvai qu’il se comportoit très-bien dans ce démêlé. Il appuya d’abord avec intérêt la proposition, mais voyant que ton pere n’y vouloit point entendre, & que la dispute commençoit à s’animer, il se retourna comme de raison du parti de son beau-frere, & en interrompant à propos l’un & l’autre par des discours modérés, il les retint tous deux dans des bornes dont ils seroient vraisemblablement sortis s’ils fussent restés tête-à-tête. Après leur départ, il me fit confidence de ce qui venoit de se passer, & comme je prévis où il en alloit venir, je me hâtai de lui dire que les choses étant en cet état, il ne convenoit plus que la personne en question te vît