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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/265

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tout grand seigneur que vous êtes, je doute que vous puissiez bien défendre la vôtre sur le sujet en question. Vous demandez ma fille pour votre ami prétendu sans savoir si vous-même seriez bon pour elle, & je connois assez la noblesse d’Angleterre pour avoir sur vos discours une médiocre opinion de la vôtre.

Pardieu ! dit Milord, quoi que vous pensiez de moi, je serois bien fâché de n’avoir d’autre preuve de mon mérite que celui d’un homme mort depuis cinq cens ans. Si vous connoissez la noblessed’Angleterre, vous savez qu’elle est la plus éclair, la mieux instruite, la plus sage & la plus brave de l’Europe : avec cela, je n’ai pas besoin de chercher si elle est la plus antique ; car quand on parle de ce qu’elle est, il n’est pas question de ce qu’elle fut. Nous ne sommes point, il est vrai, les esclaves du Prince mais ses amis ; ni les tyrans du peuple, mais ses chefs. Garants de la liberté, soutiens de la patrie & appuis du trône, nous formons un invincible équilibre entre le peuple & le Roi. Notre premier devoir est envers la nation ; le second, envers celui qui la gouverne : ce n’est pas sa volonté mais son droit que nous consultons. Ministres suprêmes des loix dans la chambre des Pairs, quelquefois même législateurs, nous rendons également justice au peuple & au Roi, & nous ne souffrons point que personne dise, Dieu & mon épée, mais seulement, Dieu & mon droit.

Voilà, Monsieur, continua-t-il, quelle est cette noblesse respectable, ancienne autant qu’aucune autre, mais plus fiere de son mérite que de ses ancêtres, & dont vous parlez sans