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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/254

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LETTRE LX. À JULIE.

Calme tes larmes, tendre & chére Julie, & sur le récit de ce qui vient de se passer, connois, & partage les sentimens que j’éprouve.

J’étois si rempli d’indignation quand je reçus ta lettre, qu’à peine pus-je la lire avec l’attention qu’elle méritoit. J’avois beau ne la pouvoir réfuter ; l’aveugle colere étoit la plus forte. Tu peux avoir raison, disois-je en moi-même, mais ne me parle jamais de te laisser avilir. Dussé-je te perdre & mourir coupable, je ne souffrirai point qu’on manque au respect qui t’est dû, & tant qu’il me restera un souffle de vie, tu seras honorée de tout ce qui t’approche comme tu l’es de mon cœur. Je ne balançai pas pourtant sur les huit jours que tu me demandois ; l’accident de Milord Edouard & mon vœu d’obéissance concouroient à rendre ce délai nécessaire. Résolu, selon tes ordres, d’employer cet intervalle à méditer sur le sujet de ta lettre, je m’occupois sans cesse à la relire & à y réfléchir, non pour changer de sentiment, mais pour justifier le mien.

J’avois repris ce matin cette lettre trop sage & trop judicieuse à mon gré, & je la relisois avec inquiétude, quand on a frappé à la porte de ma chambre. Un moment après j’ai vu entrer Milord Edouard sans épée, appuyé sur une canne ; trois personnes le suivoient, parmi lesquelles j’ai