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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/237

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attendant le porteur est à tes ordres ; il fera tout ce que tu lui commanderas, & tu peux compter sur le secret.

Tu te perds, ma chére, il faut que mon amitié te le dise. L’engagement où tu vis ne peut rester long-tems caché dans une petite ville comme celle-ci, & c’est un miracle de bonheur que, depuis plus de deux ans qu’il a commencé tu ne sois pas encore le sujet des discours publics. Tu le vas devenir si tu n’y prends garde ; tu le serois déjà, si tu étois moins aimée ; mais il y a une répugnance si générale à mal parler de toi, que c’est un mauvais moyen de se faire fête, & un très-sûr de se faire hair. Cependant tout a son terme ; je tremble que celui du mystere ne soit venu pour ton amour, & il y a grande apparence que les soupçons de Milord Edouard lui viennent de quelques mauvais propos qu’il peut avoir entendus. Songes-y bien, ma chére enfant. Le Guet dit il y a quelque tems avoir vu sortir de chez toi ton ami à cinq heures du matin. Heureusement celui-ci sçut des premiers ce discours, il courut chez cet homme & trouva le secret de le faire taire ; mais qu’est-ce qu’un pareil silence, sinon le moyen d’accréditer des bruits sourdement répandus ? La défiance de ta mere augmente aussi de jour en jour ; tu sais combien de fois elle te l’a fait entendre. Elle m’en a parlé à mon tour d’une maniere assez dure, & si elle ne craignait la violence de ton pere, il ne faut pas douter qu’elle ne lui en eût déjà parlé à lui-même ; mais elle l’ose d’autant moins qu’il lui donnera toujours le principal tort d’une connoissance qui te vient d’elle.

Je ne puis trop le répéter ; songe à toi, tandis qu’il