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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/219

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plaît à jouir du tourment d’autrui ? Je n’ai pas oublié que j’ai perdu le droit d’être respectée ; mais si je l’oubliois jamais, est-ce à vous de me le rappeler ? Est-ce à l’auteur de ma faute d’en aggraver la punition ? Ce seroit à lui plutôt à m’en consoler. Tout le monde a droit de me mépriser hors vous. Vous me devez le prix de l’humiliation où vous m’avez réduite, & tant de pleurs versés sur ma foiblesse méritoient que vous me la fissiez moins cruellement sentir. Je ne suis ni prude ni précieuse. Hélas ! que j’en suis loin, moi qui n’ai pas sçu même être sage ! Vous le savez trop, ingrat, si ce tendre cœur sait rien refuser à l’amour ! Mais au moins ce qu’il lui cede, il ne veut le céder qu’à lui, & vous m’avez trop bien appris son langage, pour lui en pouvoir substituer un si différent. Des injures, des coups, m’outrageroient moins que de semblables caresses. Ou renoncez à Julie, ou sachez être estimé d’elle. Je vous l’ai déjà dit, je ne connois point d’amour sans pudeur, & s’il m’en coûtoit de perdre le vôtre, il m’en coûteroit encore plus de le conserver à ce prix.

Il me reste beaucoup de choses à dire sur le même sujet ; mais il faut finir cette lettre, & je les renvaie à un autre tems. En attendant, remarquez un effet de vos fausses maximes sur l’usage immodéré du vin. Votre cœur n’est point coupable, j’en suis très-sûre. Cependant vous avez navré le mien, & sans savoir ce que vous faisiez, vous désoliez comme à plaisir ce cœur trop facile à s’allarmer, & pour qui rien n’est indifférent de ce qui lui vient de vous.