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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/203

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mais les modifications extérieures annoncent l’intention de l’ouvrier dans les modifications de l’esprit. Une femme parfaite & un homme parfait ne doivent pas plus se ressembler d’ame que de visage ; ces vaines imitations de sexe sont le comble de la déraison ; elles font rire le sage & fuir les amours. Enfin, je trouve qu’à moins d’avoir cinq pieds & demi de haut, une voix de basse & de la barbeau menton, l’on ne doit point se mêler d’être homme.

Vois combien les amans sont mal-adroits en injures ! Tu me reproches une faute que je n’ai pas commise ou que tu commets aussi bien que moi, & l’attribues à un défaut dont je m’honore. Veux-tu que te rendant sincérité pour sincérité je te dise naÏvement ce que je pense de la tienne ? Je n’y trouve qu’un raffinement de flatterie, pour te justifier à toi-même par cette franchise apparente les éloges enthousiastes dont tu m’accables à tout propos. Mes prétendues perfections t’aveuglent au point, que pour démentir les reproches que tu te fais en secret de ta prévention, tu n’as pas l’esprit d’en trouver un solide à me faire.

Crois-moi, ne te charge point de me dire mes vérités, tu t’en acquitterois trop mal ; les yeux de l’amour, tout perçans qu’ils sont, savent-ils voir des défauts ? C’est à l’integre amitié que ces soins appartiennent, & là-dessus ta disciple Claire est cent fois plus savante que toi. Oui, mon ami, loue-moi, admire-moi, trouve-moi belle, charmante, parfaite. Tes éloges me plaisant sans me séduire, parce que je vois qu’ils sont le langage de l’erreur & non de la fausseté, & que tu te trompes toi-même ; mais que tu ne veux pas