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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/201

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LETTRE XLVI. DE JULIE.

He bien donc, mon ami, toujours le chalet ? l’histoire de ce chalet te pese furieusement sur le cœur, & je vois bien qu’à la mort ou à la vie il faut te faire raison du chalet ! Mais des lieux où tu ne fus jamais te sont-ils si chers qu’on ne puisse t’en dédommager ailleurs, & l’amour qui fit le palais d’Armide au fond d’un désert ne sauroit-il nous faire un chalet à la ville ? Ecoute, on va marier ma Fanchon. Mon pere, qui ne hair pas les fêtes & l’appareil, veut lui faire une noce où nous serons tous : cette noce ne manquera pas d’être tumultueuse. Quelquefois le mystere a sçu tendre son voile au sein de la turbulente joie & du fracas des festins. Tu m’entends, mon ami, ne seroit-il pas doux de retrouver dans l’effet de nos soins les plaisirs qu’ils nous ont coûtés ?

Tu t’animes ce me semble, d’un zele assez superflu sur l’apologie de Milord Edouard dont je suis fort éloignée de mal penser. D’ailleurs comment jugerois-je un homme que je n’ai vu qu’un après-midi, & comment en pourrois-tu juger toi-même sur une connoissance de quelques jours. Je n’en parle que par conjecture, & tu ne peux gueres être plus avancé ; car les propositions qu’il t’a faites sont de ces offres vagues dont un air de puissance & la facilité de les éluder rendent souvent les étrangers prodigues. Mais je reconnois