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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/193

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M’étant levé pour cela de très-bonne heure, j’étois prêt à monter à cheval, quand je reçus par un Exprès ce billet de M. de Merveilleux, avec le congé du jeune homme en bonne forme.

Voilà, Monsieur, le congé que vous êtes venu solliciter ; je l’ai refusé à vos offres, je le donne à vos intentions charitables, & vous prie de croire que je ne mets point à prix une bonne action.

Jugez à la joie que vous donnera cet heureux succes, de celle que j’ai sentie en l’apprenant. Pourquoi faut-il qu’elle ne soit pas aussi parfaite qu’elle devroit l’être ? Je ne puis me dispenser d’aller remercier & rembourser M. de Merveilleux, & si cette visite retarde mon départ d’un jour comme il est à craindre, n’ai-je pas droit de dire qu’il s’est montré généreux à mes dépens ? N’importe, j’ai fait ce qui vous est agréable, je puis tout supporter à ce prix. Qu’on est heureux de pouvoir bien faire en servant ce qu’on aime, & réunir ainsi dans le même soin les charmes de l’amour & de la vertu ! Je l’avoue, ô Julie ! je partis le cœur plein d’impatience & de chagrin. Je vous reprochois d’être si sensible aux peines d’autrui, & de compter pour rien les miennes, comme si j’étois le seul au monde qui n’eût rien mérité de vous. Je trouvois de la barbarie, après m’avoir leurré d’un si doux espoir, à me priver sans nécessité d’un bien dont vous mauvais flatté vous-même. Tous ces murmures se sont évanouis ; je sens renaître à leur place au fond de mon ame un contentement inconnu : j’éprouve déjà le dédommagement que vous m’avez promis, vous que l’habitude