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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/176

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que je ne cesserai jamais d’être la confidente de ton cœur, & qu’il n’y surviendra point de changement dont je ne sois la premiere instruite. Ne m’allegue pas que tu n’auras jamais rien à m’apprendre ; je le crois, je l’espere ; mais préviens mes folles alarmes, & donne-moi dans tes engagemens, pour un avenir qui ne doit point être, l’éternelle sécurité du présent. Je serois moins à plaindre d’apprendre de toi mes malheurs réels, que d’en souffrir sans cesse d’imaginaires ; je jouirois, au moins, de tes remords ; si tu ne partageois plus mes feux, tu partagerois encore mes peines, & je trouverois moins ameres les larmes que je verserois dans ton sein.

C’est ici, mon ami, que je me félicite doublement de mon choix, & par le doux lien qui nous unit & par la probité qui l’assure ; voilà l’usage de cette regle de sagesse dans les choses de pur sentiment ; voilà comment la vertu sévere soit écarter les peines du tendre amour. Si j’avois un amant sans principes, dût-il m’aimer éternellement, où seroient pour moi les garans de cette constance ? Quels moyens aurois-je de me délivrer de mes défiances continuelles, & comment m’assurer de n’être point abusée, ou par sa feinte, ou par ma crédulité ? Mais toi, mon digne & respectable ami, toi qui n’es capable ni d’artifice ni de déguisement, tu me garderas, je le sais, la sincérité que tu m’auras promise. La honte d’avouer une infidélité ne l’emportera point dans ton ame droite sur le devoir de tenir ta parole ; & si tu pouvois ne plus aimer ta Julie, tu lui dirois… oui, tu pourrois lui dire, ô Julie ! je ne… Mon ami, jamais je n’écrirai ce mot-là.