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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/167

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renonçons à nous voir si souvent, pour nous voir au moins quelquefois : car sil’on te ferme la porte tu ne peux plus t’y présenter ; mais si tu te la fermes toi-même, tes visites seront en quelque sorte à ta discrétion, & avec un peu d’adresse & de complaisance, tu pourras les rendre plus fréquentes dans la suite, sans qu’on l’apperçoive ou qu’on le trouve mauvois. Je te dirai ce soir les moyens que j’imagine d’avoir d’autres occasions de nous voir, & tu conviendras que l’inséparable cousine, qui causoit autrefois tant de murmures, ne sera pas maintenant inutile à deux amans qu’elle n’eût point dû quitter.

LETTRE XXXIII. DE JULIE.

Ah ! mon ami, le mauvais refuge pour deux amans qu’une assemblée ! Quel tourment de se voir & de se contraindre ! Il vaudroit mieux cent fois ne se point voir. Comment avoir l’air tranquille avec tant d’émotion ? Comment être si différent de soi-même ? Comment songer à tant d’objets quand on n’est occupé que d’un seul ? Comment contenir le geste & les yeux quand le cœur vole ? Je ne sentis de ma vie un trouble égal à celui que j’éprouvai hier quand ont annonça chez Madame d’Hervart. Je pris ton nom prononcé pour un reproche qu’on m’adressoit ; je m’imaginoit que tout le monde m’observoit de concert ; je ne savois plus ce que je faisois,