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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/125

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étoit honnête. Ce mot honnête est fort équivoque à l’oreille d’un gentilhomme, & a excité des soupçons que l’éclaircissement a confirmés. Dès qu’il a sçu que vous n’étiez pas noble, il a demandé ce qu’on vous donnoit par mois. Ma mere prenant la parole a dit qu’un pareil arrangement n’étoit pas même proposable, & qu’au contraire, vous aviez rejetté constamment tous les moindres présens qu’elle avoit tâché de vous faire en choses qui ne se refusent pas ; mais cet air de fierté n’a fait qu’exciter la sienne, & le moyen de supporter l’idée d’être redevable à un roturier ? Il a donc été décidé qu’on vous offrirait un payement, au défaut duquel, malgré tout votre mérite, dont on convient, vous seriez remercié de vos soins. Voilà, mon ami, le résumé d’une conversation, qui a été tenue sur le compte de mon tres-honoré maître, & durant laquelle son humble écoliere n’étoit pas fort tranquille. J’ai cru ne pouvoir trop me hâter de vous en donner avis, afin de vous laisser le tems d’y réfléchir. Aussi-tôt que vous aurez pris votre résolution, ne manquez pas de m’en instruire ; car cet article est de votre compétence, & mes droits ne vont pas jusque-là.

J’apprends avec peine vos courses dans les montagnes ; non que vous n’y trouviez, à mon avis, une agréable diversion, & que le détail de ce que vous aurez vu ne me soit fort agréable à moi-même : mais je crains pour vous des fatigues que vous n’êtes guere en état de supporter. D’ailleurs, la saison est fort avancée ; d’un jour à l’autre tout peut se couvrir de neige, & je prévois que vous aurez encore plus à souffrir du froid que de la fatigue. Si vous tombiez malade