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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/87

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foit former, rebuté de rentrer dans la carrière que j’avois si bien commencée & dont néanmoins je venois d’être expulsé, je résolus de ne plus m’attacher à personne, mais de rester dans l’indépendance en tirant parti de mes talents, dont enfin je commençois à sentir la mesure & dont j’avois trop modestement pensé jusqu’alors. Je repris le travail de mon opéra, que j’avois interrompu pour aller à Venise, & pour m’y livrer plus tranquillement, après le départ d’Altuna, je retournai loger à mon ancien hôtel St. Quentin, qui, dans un quartier solitaire & peu loin du Luxembourg, m’étoit plus commode pour travailler à mon aise que la bruyante rue St. Honoré. Là m’attendoit la seule consolation réelle que le Ciel m’ait foit goûter dans ma misère & qui seule me la rend supportable. Ceci n’est pas une connoissance passagère ; je dois entrer dans quelques détails sur la manière dont elle se fit.

Nous avions une nouvelle hôtesse qui étoit d’Orléans. Elle prit pour travailler en linge une fille de son pays, d’environ vingt-deux à vingt-trois ans, qui mangeoit avec nous ainsi que l’hôtesse. Cette fille appelée Thérèse le Vasseur, étoit de bonne famille. Son père étoit officier de la monnaie d’Orléans, sa mère étoit marchande. Ils avoient beaucoup d’enfans. La monnaie d’Orléans n’allant plus, le père se trouva sur le pavé ; la mère, ayant essuyé des banqueroutes, fit mal ses affaires, quitta le commerce & vint à Paris avec son mari & sa fille, qui les nourrissoit tous trois de son travail.

La premiere fois que je vis paroître cette fille à table,