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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/79

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ancien ami de mon père, me reprocha vivement ce tort. Je lui en dis la cause ; & pour le réparer sans m’exposer à voir ma belle-mère, je pris une chaise & nous fûmes ensemble à Nyon descendre au cabaret. Du Villard s’en fut chercher mon pauvre père, qui vint tout courant m’embrasser. Nous soupâmes ensemble & après avoir passé une soirée bien douce à mon cœur, je retournai le lendemain matin à Genève avec Du Villard, pour qui j’ai toujours conservé de la reconnoissance du bien qu’il me fit en cette occasion.

Mon plus court chemin n’étoit pas par Lyon, mais j’y voulus passer pour vérifier une friponnerie bien basse de M. de M

[ontaigu] . J’avois foit venir de Paris une petite caisse contenant une veste brodée en or, quelques paires de manchettes & six paires de bas de soie blancs ; rien de plus. Sur la proposition qu’il m’en fit lui-même, je fis ajouter cette caisse, ou plutôt cette boîte, à son bagage. Dans le mémoire d’apothicaire qu’il voulut me donner en payement de mes appointemens & qu’il avoit écrit de sa main, il avoit mis que cette boîte, qu’il appeloit ballot, pesoit onze quintaux & il m’en avoit passé le port à un prix énorme. Par les soins de M. Boy-de-la-Tour auquel j’étois recommandé par M. Roguin son oncle, il fut vérifié, sur les registres des douanes de Lyon & de Marseille, que ledit ballot ne pesoit que quarante-cinq livres & n’avoit payé le port qu’à raison de ce poids. Je joignis cet extroit authentique au mémoire de M. de M

[ontaig] u & muni de ces pièces & de plusieurs autres de la même force, je me rendis à Paris,