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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/76

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froid & dédaigneux : Zanetto, lascia le donne, e studia la matematica.

Avant de la quitter, je lui demandai pour le lendemain un autre rendez-vous, qu’elle remit au troisième jour, en ajoutant, avec un sourire ironique, que je devois avoir besoin de repos. Je passai ce tems mal à mon aise, le cœur plein de ses charmes & de ses grâces, sentant mon extravagance, me la reprochant, regrettant les momens si mal employés, qu’il n’avoit tenu qu’à moi de rendre les plus doux de ma vie, attendant avec la plus vive impatience celui d’en réparer la perte & néanmoins inquiet encore, malgré que j’en eusse, de concilier les perfections de cette adorable fille avec l’indignité de son état. Je courus, je volai chez elle à l’heure dite. Je ne sais si son tempérament ardent eût été plus content de cette visite ; son orgueil l’eût été du moins & je me faisois d’avance une jouissance délicieuse de lui montrer de toutes manières comment je savois réparer mes torts. Elle m’épargna cette épreuve. Le gondolier, qu’en abordant j’envoyai chez elle, me rapporta qu’elle étoit partie la veille pour Florence. Si je n’avois pas senti tout mon amour en la possédant, je le sentis bien cruellement en la perdant. Mon regret insensé ne m’a point quitté. Tout aimable, toute charmante qu’elle étoit à mes yeux, je pouvois me consoler de la perdre ; mais de quoi je n’ai pu me consoler, je l’avoue, c’est qu’elle n’ait emporté de moi qu’un souvenir méprisant.

Voilà mes deux histoires. Les dix-huit mais que j’ai passés à Venise, ne m’ont fourni de plus à dire, qu’un simple