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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/59

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signifia que je n’aurois pas place à sa table. Je lui répondis, piqué, mais sans me fâcher, qu’ayant l’honneur d’y dîner journellement, si M. le duc de Modène exigeoit que je m’en abstinsse quand il y viendroit, il étoit de la dignité de S. E. & de mon devoir de n’y pas consentir. Comment, dit-il avec emportement, mon secrétaire, qui même n’est pas gentilhomme, prétend dîner avec un souverain, quand mes gentilshommes n’y dînent pas ? Oui, Monsieur, lui répliquai-je, le poste dont m’a honoré V. E. m’enoblit si bien tant que je le remplis, que j’ai même le pas sur vos gentilshommes ou soi-disant tels & suis admis où ils ne peuvent l’être. Vous n’ignorez pas que, le jour que vous ferez votre entrée publique, je suis appelé par l’étiquette & par un usage immémorial, à vous y suivre en habit de cérémonie & à l’honneur d’y dîner avec vous au palois de St. Marc, & je ne vais pas pourquoi un homme qui peut & doit manger en public avec le Doge & le sénat de Venise, ne pourroit pas manger en particulier avec M. le duc de Modène. Quoique l’argument fût sans réplique, l’Ambassadeur ne s’y rendit point : mais nous n’eûmes pas occasion de renouveler la dispute, M. le duc de Modène n’étant point venu dîner chez lui.

Dès-lors il ne cessa de me donner des désagrémens, de me faire des passe-droits, s’efforçant de m’ôter les petites prérogatives attachées à mon poste, pour les transmettre à son cher Vitali ; & je suis sûr que s’il eût osé l’envoyer au sénat à ma place, il l’auroit foit. Il employoit ordinairement l’abbé de B

[ini] s pour écrire dans son cabinet ses lettres particulières :