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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/55

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Sa maison, qu’il n’avoit jamais mise sur un bon pied, se remplissoit de canaille : les François y étoient maltraités, les Italiens y prenoient l’ascendant ; & même parmi eux les bons serviteurs attachés depuis long-tems à l’ambassade furent tous malhonnêtement chassés, entre autres son premier gentilhomme, qui l’avoit été du comte de F

[roula] y & qu’on appeloit, je crois le comte Peati, ou d’un nom très-approchant. Le second gentilhomme, du choix de M. de M

[ontaig] u étoit un bandit de Mantoue appelé Dominique Vitali, à qui l’ambassadeur confia le soin de sa maison & qui, à force de patelinage & de basse lésine, obtint sa confiance & devint son favori, au grand préjudice du peu d’honnêtes gens qui y étoient encore & du secrétaire qui étoit à leur tête. L’œil intègre d’un honnête homme est toujours inquiétant pour les fripons. Il n’en auroit pas fallu davantage pour que celui-ci me prît en haine ; mais cette haine avoit une autre cause encore qui la rendit bien plus cruelle. Il faut dire cette cause, afin qu’on me condamne si j’avois tort.

L’ambassadeur avoit, selon l’usage, une loge à chacun des cinq spectacles. Tous les jours à dîner il nommoit le théâtre où il vouloit aller ce jour-là ; je choisissois après lui & les gentilshommes disposoient des autres loges. Je prenois en sortant la clef de la loge que j’avois choisie. Un jour Vitali n’étant pas là, je chargeai le valet-de-pied qui me servoit de m’apporter la mienne dans une maison que je lui indiquai. Vitali au lieu de m’envoyer ma clef, dit qu’il en avoit disposé. J’étois d’autant plus outré, que le valet-de-pied