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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/54

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venoit de rendre à la cause commune. Le Comte de M

[ontaigu] , qui avoit à se reprocher sa négligence dans cette affaire, crut entrevoir dans ce compliment un reproche & m’en parla avec humeur. J’avois été dans le cas d’en user avec le Comte de C

[astellan] e, Ambassadeur à Constantinople, comme avec le Marquis de l’H

[ôpita] l, quoiqu’en chose moins importante. Comme il n’y avoit point d’autre poste pour Constantinople que les courriers que le sénat envoyoit de tems en tems à son Bayle, on donnoit avis du départ de ces courriers à l’Ambassadeur de France, pour qu’il pût écrire par cette voie à son collègue, s’il le jugeoit à propos. Cet avis venoit d’ordinaire un jour ou deux à l’avance : mais on faisoit si peu de cas de M. de M

[ontaigu] qu’on se contentoit d’envoyer chez lui, pour la forme, une heure ou deux avant le départ du courrier ; ce qui me mit plusieurs fois dans le cas de faire la dépêche en son absence. M. de C

[astellan] e en y répondant, faisoit mention de moi en termes honnêtes ; autant en faisoit à Gênes M. de Jonville : autant de nouveaux griefs.

J’avoue que je ne fuyois pas l’occasion de me faire connaître, mais je ne la cherchois pas non plus hors de propos ; & il me paroissoit fort juste, en servant bien, d’aspirer au prix naturel des bons services, qui est l’estime de ceux qui sont en état d’en juger & de les récompenser. Je ne dirai pas si mon exactitude à remplir mes fonctions étoit de la part de l’Ambassadeur un légitime sujet de plainte ; mais je dirai bien que c’est le seul qu’il ait articulé jusqu’au jour de notre séparation.