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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/52

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le payement de la somme entière, tandis que si, malheureusement pour lui, ce billet se fût retrouvé, il en auroit difficilement tiré les dix écus promis par son Excellence Z

[anett] o N

[an] i.

Le talent que je me crus sentir pour mon emploi me le fit remplir avec goût, & hors la société de mon ami Carrio, celle du vertueux Altuna, dont j’aurai bientôt à parler, hors les récréations bien innocentes de la place St. Marc, du spectacle & de quelques visites que nous faisions presque toujours ensemble, je fis mes seuls plaisirs de mes devoirs. Quoique mon travail ne fût pas fort pénible, sur-tout avec l’aide de l’abbé de B

[ini] s, comme la correspondance étoit très étendue & qu’on étoit en tems de guerre, je ne laissois pas d’être occupé raisonnablement. Je travaillois tous les jours une bonne partie de la matinée & les jours de courrier quelquefois jusqu’à minuit. Je consacrois le reste du tems à l’étude du métier que je commençais & dans lequel je comptois bien, par le succès de mon début, être employé plus avantageusement dans la suite. En effet & il n’y avoit qu’une voix sur mon compte, à commencer par celle de l’ambassadeur, qui se loua hautement de mon service, qui ne s’en est jamais plaint & dont toute la fureur ne vint dans la suite que de ce que, m’étant plaint inutilement moi-même, je voulus enfin avoir mon congé. Les ambassadeurs & ministres du roi, avec qui nous étions en correspondance, lui faisoient, sur le mérite de son secrétaire, des complimens qui devoient le flatter & qui, dans sa mauvaise tête, produisoient un effet tout contraire. Il en reçut un sur-tout dans une circonstance