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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/43

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S’il étoit complaisant envers moi, je n’étois pas moins honnête envers lui & nous avons toujours bienvécu ensemble.

Sur l’essai de ma besogne, je la trouvai moins embarrassante que je n’avois craint pour un homme sans expérience, auprès d’un Ambassadeur qui n’en avoit pas davantage & dont, pour surcroît, l’ignorance & l’entêtement contrarioient comme à plaisir tout ce que le bon sens & quelques lumières m’inspiroient de bien pour son service & celui du roi. Ce qu’il fit de plus raisonnable fut de se lier avec le marquis de M

[ar] i, ambassadeur d’Espagne, homme adroit & fin, qui l’eût mené par le nez s’il l’eût voulu ; mais qui, vu l’union d’intérêt des deux couronnes, le conseilloit d’ordinaire assez bien, si l’autre n’eût gâté ses conseils en fourrant toujours du sien dans leur exécution. La seule chose qu’ils eussent à faire de concert étoit d’engager les Vénitiens à maintenir la neutralité. Ceux-ci ne manquoient pas de protester de leur fidélité à l’observer, tandis qu’ils fournissoient publiquement des munitions aux troupes Autrichiennes & même des recrues sous prétexte de désertion. M. de M

[ontaigu] qui, je crois, vouloit plaire à la République, ne manquoit pas aussi, malgré mes représentations, de me faire assurer dans toutes ses dépêches qu’elle n’enfreindroit jamais la neutralité. L’entêtement & la stupidité de ce pauvre homme me faisoient écrire & faire à tout moment des extravagances dont j’étois bien forcé d’être l’agent puisqu’il le vouloit, mais qui me rendoient quelquefois mon métier insupportable & même presque impraticable. Il vouloit absolument, par exemple, que la plus grande partie de sa dépêche