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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/422

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tergiversoit sans cesse : il sembloit ne parler que pour me faire parler. Ma sécurité, pour lors, étoit si complète, que je riois du ton circonspect & mystérieux qu’il mettoit à cette affaire, comme d’un tic contracté chez les ministres & les magistrats, dont il fréquentoit assez les bureaux. Sûr d’être en règle à tous égards sur cet ouvrage, fortement persuadé qu’il avoit non seulement l’agrément & la protection du magistrat, mais même qu’il méritoit & qu’il avoit de même la faveur du ministre, je me félicitois de mon courage à bien faire, & je riois de mes pusillanimes amis, qui paraissoient s’inquiéter pour moi. Duclos fut de ce nombre, & j’avoue que ma confiance en sa droiture & en ses lumières eût pu m’alarmer à son exemple, si j’en avois eu moins dans l’utilité de l’ouvrage & dans la probité de ses patrons. Il me vint voir de chez M. Baille, tandis que l’Emile étoit sous presse ; il m’en parla. Je lui lus la Profession de foi du vicaire savoyard ; il l’écouta très paisiblement, et, ce me semble, avec grand plaisir. Il me dit, quand j’eus fini : Quoi, citoyen, cela fait partie d’un livre qu’on imprime à Paris ? - Oui ! lui dis-je, & l’on devroit l’imprimer au Louvre, par ordre du roi. - J’en conviens, me dit-il ; mais faites-moi le plaisir de ne dire à personne que vous m’ayez lu ce morceau.

Cette frappante manière de s’exprimer me surprit sans m’effrayer. Je savois que Duclos voyoit beaucoup M. de M........s. J’eus peine à concevoir comment il pensoit si différemment que lui sur le même objet.

Fin du premier Volume.