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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/401

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redoubler chaque jour de bontés & d’amitiés pour moi, mais auprès de Mde. la Maréchale. Depuis que je n’avois plus rien à lui lire, son appartement m’étoit moins ouvert, & durant les voyages de Montmorency, quoique je me présentasse assez exactement, je ne la voyois plus guères qu’à table. Ma place même n’y étoit plus aussi marquée, à côté d’elle. Comme elle ne me l’offroit plus, qu’elle me parloit peu, & que je n’avois pas, non plus, grand chose à lui dire, j’aimois autant prendre une autre place où j’étois plus à mon aise, sur-tout le soir ; car machinalement je prenois peu-à-peu l’habitude de me placer plus près de M. le Maréchal.

À propos du soir, je me souviens d’avoir dit que je ne soupois pas au château, & cela étoit vrai dans le commencement de la connoissance ; mais comme M. de Luxembourg ne dînoit point & ne se mettoit même pas à table, il arriva de-là qu’au bout de plusieurs mois, & déjà très-familier dans la maison, je n’avois encore jamais mangé avec lui. Il eut la bonté d’en faire la remarque. Cela me détermina d’y souper quelquefois quand il y avoit peu de monde, & je m’en trouvois très-bien, vu qu’on dînoit presque en l’air, & comme on dit sur le bout du banc ; au lieu que le souper étoit très-long, parce qu’on s’y reposoit avec plaisir au retour d’une longue promenade, très-bon, parce que M. de Luxembourg aimoit la bon chere, & très-agréable, parce que Mde. de Luxembourg en faisoit les honneurs à charmer. Sans cette explication l’on entendroit difficilement la fin d’une lettre de M. de Luxembourg,