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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/379

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& la fin du jeu me prépare de nouveaux regrets. Que je hais tous vos titres, & que je vous plains de les porter ! Vous me semblez si dignes de goûter les charmes de la vie privée ! Que n’habitez-vous Clarens ! J’irois y chercher le bonheur de ma vie : Mais le château de Montmorenci, mais l’hôtel de Luxembourg ! Est-ce là qu’on doit voir Jean-Jacques ? Est-ce là qu’un ami de l’égalité doit porter les affections d’un cœur sensible qui, payant ainsi l’estime qu’on lui témoigne, croit rendre autant qu’il reçoit ? Vous êtes bonne & sensible aussi ; je le sais, je l’ai vu ; j’ai regret de n’avoir pu plus tôt le croire ; mais dans le rang où vous êtes, dans votre manière de vivre, rien ne peut faire une impression durable, & tant d’objets nouveaux s’effacent si bien mutuellement qu’aucun ne demeure. Vous m’oublierez, Madame, après m’avoir mis hors d’état de vous imiter. Vous aurez beaucoup fait pour me rendre malheureux, & pour être inexcusable."

Je lui joignois-là M. de Luxembourg, afin de rendre le compliment moins dur pour elle ; car, au reste, je me sentois si sûr de lui, qu’il ne m’étoit pas même venu dans l’esprit une seule crainte sur la durée de son amitié. Rien de ce qui m’intimidoit de la part de Mde. la Maréchale ne s’est un moment étendu jusqu’à lui. Je n’ai jamais eu la moindre défiance sur son caractère, que je savois être foible, mais sûr. Je ne craignois pas plus de sa part un refroidissement, que je n’en attendois un attachement héroïque. La simplicité, la familiarité de nos manières l’un avec l’autre, marquoient combien nous comptions réciproquement sur nous.