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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/377

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dont vous jouirez long-temps sans concurrent. Les malédictions des fripons font la gloire de l’homme juste."

Mde. de Luxembourg qui savoit que j’avois écrit cette lettre, m’en parla au voyage de Pâques ; je la lui montrai ; elle en souhaita une copie ; je la lui donnai : mais j’ignorais en la lui donnant qu’elle étoit intéressée aux sous-fermes & au déplacement de M. Silhouette. On eût dit, à toutes mes balourdises, que j’allois excitant à plaisir la haine d’une femme aimable & puissante, à laquelle, dans le vrai, je m’attachois davantage de jour en jour, & dont j’étois bien éloigné de vouloir m’attirer la disgrâce, quoique je fisse à force de gaucheries tout ce qu’il falloit pour cela. Je crois qu’il est assez superflu d’avertir que c’est à elle que se rapporte l’histoire de l’opiate de M. Tronchin, dont j’ai parlé dans ma premiere partie : l’autre Dame étoit Mde. de Mirepoix. Elles ne m’en ont jamais reparlé, ni fait le moindre semblant de s’en souvenir, ni l’une ni l’autre ; mais de présumer que Mde. de Luxembourg oit pu l’oublier réellement, c’est ce qui me paraît bien difficile, quand même on ne sauroit rien des événemens subséquens. Pour moi, je m’étourdissois sur l’effet de mes bêtises, par le témoignage que je me rendois de n’en avoir fait aucune à dessein de l’offenser : comme si jamais femme en pouvoit pardonner de pareilles : même avec la plus parfaite certitude que la volonté n’y a pas eu la moindre part.

Cependant, quoiqu’elle parût ne rien voir, ne rien sentir, & que je ne trouvasse encore ni diminution dans son empressement, ni changement dans ses manières, la continuation,