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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/376

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que son portroit occupât le dessus de la boîte. Elle m’avoit reproché plusieurs fois que j’aimois mieux M. de Luxembourg qu’elle, & je ne m’en étois point défendu, parce que cela étoit vrai. Elle me témoigna bien galamment, mais bien clairement, par cette façon de placer son portroit, qu’elle n’oublioit pas cette préférence.

Je fis à peu près dans ce même temps, une sottise qui ne contribua pas à me conserver ses bonnes grâces. Quoique je ne connusse point du tout M. de Silhouette, & que je fusse peu porté à l’aimer, j’avois une grande opinion de son administration. Lorsqu’il commença d’appesantir sa main sur les financiers, je vis qu’il n’entamoit pas son opération dans un tems favorable ; je n’en fis pas des vœux moins ardens pour son succès, & quand j’appris qu’il étoit déplacé, je lui écrivis dans mon étourderie la lettre suivante, qu’assurément je n’entreprends pas de justifier.

À Montmorenci le 2 Décembre 1759.

"Daignez, Monsieur, recevoir l’hommage d’un solitaire qui n’est pas connu de vous, mais qui vous estime par vos talents, qui vous respecte par votre administration, & qui vous a fait l’honneur de croire qu’elle ne vous resteroit pas longtemps. Ne pouvant sauver l’état qu’aux dépens de la capitale qui l’a perdu, vous avez bravé les cris des gagneurs d’argent. En vous voyant écraser ces misérables, je vous enviois votre place ; en vous la voyant quitter sans vous être démenti, je vous admire. Soyez content de vous, Monsieur ; elle vous laisse un honneur