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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/370

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salle de compagnie pour recevoir M. & Mde. de Luxembourg, M. le duc de Villeroy, M. le prince de Tingry, M. le marquis d’Armentières, Mde. la duchesse de Montmorenci, Mde. la duchesse de Boufflers, Mde. la comtesse de Valentinois, Mde. la comtesse de Boufflers, & d’autres personnes de ce rang, qui, du château, ne dédaignoient pas de faire, par une montée très-fatigante, le pèlerinage de Mont-Louis. Je devois à la faveur de M. & Mde. de Luxembourg toutes ces visites ; je le sentais, & mon cœur leur en faisoit bien l’hommage. C’est dans un de ces transports d’attendrissement que je dis une fois à M. de Luxembourg en l’embrassant : Ah ! M. le maréchal, je haissois les grands avant que de vous connaître, & je les hais davantage encore depuis que vous me faites si bien sentir combien il leur seroit aisé de se faire adorer.

Au reste, j’interpelle tous ceux qui m’ont vu durant cette époque, s’ils se sont jamais apperçus que cet éclat m’oit un instant ébloui, que la vapeur de cet encens m’oit porté à la tête ; s’ils m’ont vu moins uni dans mon maintien, moins simple dans mes manières, moins liant avec le peuple, moins familier avec mes voisins, moins prompt à rendre service à tout le monde quand je l’ai pu, sans me rebuter jamais des importunités sans nombre, & souvent déraisonnables, dont j’étois sans cesse accablé. Si mon cœur m’attiroit au château de Montmorenci par mon sincère attachement pour les maîtres, il me ramenoit de même à mon voisinage, goûter les douceurs de cette vie égale & simple, hors de laquelle il n’est point de bonheur pour moi. Thérèse