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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/369

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Sitôt que la petite maison de Mont-Louis fut prête, je la fis meubler proprement, simplement, & retournai m’y établir ; ne pouvant renoncer à cette loi que je m’étois faite, en quittant l’Hermitage, d’avoir toujours mon logement à moi ; mais je ne pus me résoudre non plus à quitter mon appartement du petit château. J’en gardai la clef, & tenant beaucoup aux jolis déjeuners du péristile, j’allois souvent y coucher, & j’y passois quelquefois deux ou trois jours, comme à une maison de campagne. J’étois peut-être alors le particulier de l’Europe le mieux & le plus agréablement logé. Mon hôte, M. Mathas, qui étoit le meilleur homme du monde, m’avoit absolument laissé la direction des réparations de Mont-Louis, & voulut que je disposasse de ses ouvriers, sans même qu’il s’en mêlât. Je trouvai donc le moyen de me faire d’une seule chambre au premier, un appartement complet, composé d’une chambre, d’une antichambre & d’une garderobe. Au rez-de-chaussée étoient la cuisine & la chambre de Thérèse. Le donjon me servoit de cabinet, au moyen d’une bonne cloison vitrée & d’une cheminée qu’on y fit faire. Je m’amusai quand j’y fus à orner la terrasse qu’ombrageoient déjà deux rangs de jeunes tilleuls, j’y en fis ajouter deux pour faire un cabinet de verdure ; j’y fis poser une table & des bancs de pierre ; je l’entourai de lilas, de seringat, de chèvre-feuille ; j’y fis faire une belle plate-bande de fleurs parallèle aux deux rangs d’arbres ; & cette terrasse plus élevée que celle du château, dont la vue étoit du moins aussi belle, & sur laquelle j’avois apprivoisé des multitudes d’oiseaux, me servoit de