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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/366

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J’y ai souvent repensé depuis ce temps-là ; & telle est encore aujourd’hui ma stupidité sur cet article, que je n’ai pu parvenir à sentir ce qu’elle avoit pu trouver dans ce passage, je ne dis pas d’offensant, mais même qui pût lui déplaire.

À propos de cet exemplaire manuscrit de l’Héloise que voulut avoir Mde. de Luxembourg, je dois dire ici ce que j’imaginai pour lui donner quelque avantage marqué qui le distinguât de tout autre. J’avois écrit à part les aventures de milord Edouard, & j’avois balancé long-tems à les insérer, soit en entier, soit par extroit, dans cet ouvrage, où elles me paraissoient manquer. Je me déterminai enfin à les retrancher tout à fait, parce que, n’étant pas du ton de tout le reste, elles en auroient gâté la touchante simplicité. J’eus une autre raison bien plus forte, quand je connus Mde. de Luxembourg. C’est qu’il y avoit dans ces aventures une marquise romaine d’un caractère très odieux, dont quelques traits, sans lui être applicables, auroient pu lui être appliqués par ceux qui ne la connoissoient que de réputation. Je me félicitai donc beaucoup du parti que j’avois pris, & m’y confirmai. Mais, dans l’ardent désir d’enrichir son exemplaire de quelque chose qui ne fût dans aucun autre, n’allai-je pas songer à ces malheureuses aventures, & former le projet d’en faire l’extroit, pour l’y ajouter. Projet insensé, dont on ne peut expliquer l’extravagance que par l’aveugle fatalité qui m’entraînoit à ma perte !

Quos vult perdere Jupiter dementat.

J’eus la stupidité de faire cet extroit avec bien du soin,