Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/358

Cette page n’a pas encore été corrigée


part de laquelle il m’avoit comblé des choses les plus obligeantes. Ainsi commencèrent, sous de funestes auspices, des liaisons dont je ne pus plus long-temps me défendre, mais qu’un pressentiment trop bien fondé, me fit redouter jusqu’à ce que j’y fusse engagé.

Je craignois excessivement Mde. de Luxembourg. Je savois qu’elle étoit aimable. Je l’avois vue plusieurs fois au spectacle, & chez Mde. D[...]n, il y avoit dix ou douze ans, lorsqu’elle étoit duchesse de B

[ouffler] s & qu’elle brilloit encore de sa premiere beauté. Mais elle passoit pour méchante ; & dans une aussi grande dame, cette réputation me faisoit trembler. À peine l’eus-je vue, que je fus subjugué. Je la trouvai charmante, de ce charme à l’épreuve du temps, le plus fait pour agir sur mon cœur. Je m’attendois à lui trouver un entretien mordant & plein d’épigrammes. Ce n’étoit point cela, c’étoit beaucoup mieux. La conversation de Mde. de Luxembourg ne pétille pas d’esprit ; ce ne sont pas des saillies, & ce n’est pas même proprement de la finesse : mais c’est une délicatesse exquise, qui ne frappe jamais, & qui plaît toujours. Ses flatteries sont d’autant plus enivrantes qu’elles sont plus simples ; on diroit qu’elles lui échappent sans qu’elle y pense, & que c’est son cœur qui s’épanche, uniquement parce qu’il est trop rempli. Je crus m’apercevoir, dès la premiere visite, que, malgré mon air gauche & mes lourdes phrases, je ne lui déplaisois pas. Toutes les femmes de la Cour savent vous persuader cela quand elles le veulent, vrai ou non ; mais toutes ne savent pas, comme Mde. de Luxembourg, vous rendre cette persuasion si douce qu’on