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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/351

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sur-tout le métier d’auteur. Tout ce qui venoit de m’arriver m’avoit absolument dégoûté des gens de lettres, & j’avois éprouvé qu’il étoit impossible de courir la même carrière sans avoir quelques liaisons avec eux. Je ne l’étois guères moins des gens du monde, & en général de la vie mixte que je venois de mener, moitié à moi-même, & moitié à des sociétés pour lesquelles je n’étois point fait. Je sentois plus que jamais, & par une constante expérience, que toute association inégale est toujours désavantageuse au parti foible. Vivant avec des gens opulents, & d’un autre état que celui que j’avois choisi, sans tenir maison comme eux, j’étois obligé de les imiter en bien des choses, & des menues dépenses, qui n’étoient rien pour eux, étoient pour moi non moins ruineuses qu’indispensables. Qu’un autre homme aille dans une maison de campagne, il est servi par son laquais, tant à table que dans sa chambre : il l’envoie chercher tout ce dont il a besoin ; n’ayant rien à faire directement avec les gens de la maison, ne les voyant même pas, il ne leur donne des étrennes que quand & comme il lui plaît : mais moi, seul, sans domestique, j’étois à la merci de ceux de la maison, dont il falloit nécessairement capter les bonnes grâces, pour n’avoir pas beaucoup à souffrir ; & traité comme l’égal de leur maître, il en falloit aussi traiter les gens comme tel, & même faire pour eux plus qu’un autre, parce qu’en effet j’en avois bien plus besoin. Passe encore quand il y a peu de domestiques ; mais dans les maisons où j’allois, il y en avoit beaucoup, tous très-rogues, très-fripons, très-alertes, j’entends pour leur intérêt, & les