Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/348

Cette page n’a pas encore été corrigée


dont M. de M

[alesherbe] s ne m’avoit pas prévenu, de voir horriblement mutiler mon ouvrage, & empêcher le débit de la bonne édition, jusqu’à ce que la mauvaise fût écoulée.

J’ai toujours regardé M. M

[alesherbe] s comme un homme d’une droiture à toute épreuve. Jamais rien de ce qui m’est arrivé ne m’a fait douter un moment de sa probité : mais aussi foible qu’honnête, il nuit quelquefois aux gens pour lesquels il s’intéresse, à force de les vouloir préserver. Non seulement il fit retrancher plus de cent pages dans l’édition de Paris, mais il fit un retranchement qui pouvoit porter le nom d’infidélité dans l’exemplaire de la bonne édition qu’il envoya à Mde. de P

[ompadou] r. Il est dit quelque part, dans cet ouvrage, que la femme d’un charbonnier est plus digne de respect que la maîtresse d’un prince. Cette phrase m’étoit venue dans la chaleur de la composition, sans aucune application, je le jure. En relisant l’ouvrage, je vis qu’on feroit cette application. Cependant, par la très imprudente maxime de ne rien ôter par égard aux applications qu’on pouvoit faire, quand j’avois dans ma conscience le témoignage de ne les avoir pas faites en écrivant, je ne voulus point ôter cette phrase, & je me contentai de substituer le mot Prince au mot Roi, que j’avois d’abord mis. Cet adoucissement ne parut pas suffisant à M. de M

[alesherbe] s : il retrancha la phrase entière, dans un carton qu’il fit imprimer exprès, & coller aussi proprement qu’il fut possible dans l’exemplaire de Mde. de P

[ompadou] r. Elle n’ignora pas ce tour de passe-passe : il se trouva de bonnes âmes qui l’en instruisirent. Pour moi, je ne l’appris que long-temps après, lorsque je commençois d’en sentir les suites.