Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/344

Cette page n’a pas encore été corrigée


avec moi des affaires d’Italie & des folies de M. de M

[ontaigu] , dont il savoit, de son côté, bien des traits par les bureaux des affaires étrangères, dans lesquels il avoit beaucoup de liaisons. J’eus le plaisir aussi de revoir chez lui mon ancien camarade Dupont, qui avoit acheté une charge dans sa province, & dont les affaires le ramenoient quelquefois à Paris. M. de J

[onvill] e devint peu à peu si empressé de m’avoir, qu’il en étoit même gênant ; & quoique nous logeassions dans des quartiers fort éloignés, il y avoit du bruit entre nous quand je passois une semaine entière sans aller dîner chez lui. Quand il alloit à J

[onvill] e, il m’y vouloit toujours emmener ; mais y étant une fois allé passer huit jours, qui me parurent fort longs, je n’y voulus plus retourner. M. de J

[onvill] e étoit assurément un honnête & galant homme, aimable même à certains égards ; mais il avoit peu d’esprit : il étoit beau, tant soit peu Narcisse, & passablement ennuyeux. Il avoit un recueil singulier, & peut-être unique au monde, dont il s’occupoit beaucoup, & dont il occupoit aussi ses hôtes, qui quelquefois s’en amusoient moins que lui. C’étoit une collection très complète de tous les vaudevilles de la Cour & de Paris, depuis plus de cinquante ans, où l’on trouvoit beaucoup d’anecdotes, qu’on auroit inutilement cherchées ailleurs. Voilà des mémoires pour l’histoire de France, dont on ne s’aviseroit guère chez toute autre nation.

Un jour, au fort de notre meilleure intelligence il me fit un accueil si froid, si glaçant, si peu dans son ton ordinaire, qu’après lui avoir donné occasion de s’expliquer, &