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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/34

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à Mde. D[...]n pouvoit seul me rendre souffrable : je ne m’en serois pas chargé huit autres jours de plus, quand Mde. D[...]n se seroit donnée à moi pour récompense.

M. de F

[rancuei] l me prenoit en amitié, je travaillois avec lui : nous commençâmes ensemble un cours de chimie chez Rouelle. Pour me rapprocher de lui, je quittai mon hôtel St. Quentin & vins me loger au jeu de paume de la rue Verdel & qui donne dans la rue Plâtrière, où logeoit M. D[...]n. Là, par suite d’un rhume négligé, je gagnai une fluxion de poitrine, dont je faillis mourir. J’ai eu souvent dans ma jeunesse de ces maladies inflammatoires, des pleurésies & sur-tout des esquinancies auxquelles j’étois très sujet & dont je ne tiens pas ici le registre & qui toutes m’ont foit voir la mort d’assez près pour me familiariser avec son image. Durant ma convalescence j’eus le tems de réfléchir sur mon état & de déplorer ma timidité, ma faiblesse & mon indolence qui, malgré le feu dont je me sentois embrasé, me laissoit languir dans l’oisiveté d’esprit toujours à la porte de la misère. La veille du jour où j’étois tombé malade, j’étois allé à un opéra de Royer, qu’on donnoit alors & dont j’ai oublié le titre. Malgré ma prévention pour les talens des autres, qui m’a toujours foit défier des miens, je ne pouvois m’empêcher de trouver cette musique foible, sans chaleur, sans invention. J’osois quelquefois me dire : Il me semble que je ferois mieux que cela. Mais la terrible idée que j’avois de la composition d’un opéra & l’importance que j’entendois donner par les gens de l’art à cette entreprise, m’en rebutoient à l’instant même & me faisoient