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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/338

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Il me remercioit un jour de l’avoir trouvé bon homme. Je trouvai dans son souris je ne sais quoi de sardonique qui changea totalement sa physionomie à mes yeux, & qui m’est souvent revenu depuis lors dans la mémoire. Je ne peux pas mieux comparer ce souris qu’à celui de Panurge achetant les moutons de Dindenaut. Notre connoissance avoit commencé peu de tems après mon arrivée à l’Hermitage, où il me venoit voir très souvent. J’étois déjà établi à Montmorenci, quand il en partit pour retourner demeurer à Paris. Il y voyoit souvent Mde. le Vasseur. Un jour que je ne pensois à rien moins, il m’écrivit de la part de cette femme, pour m’informer que M. G[...]offroit de se charger de son entretien, & pour me demander la permission d’accepter cette offre. J’appris qu’elle consistoit en une pension de trois cens livres, & que Mde. le Vasseur devoit venir demeurer à Deuil, entre la Chevrette & Montmorenci. Je ne dirai pas l’impression que fit sur moi cette nouvelle, qui auroit été moins surprenante si G[...]avoit eu dix mille livres de rentes, ou quelque relation plus facile à comprendre avec cette femme, & qu’on ne m’eût pas fait un si grand crime de l’avoir amenée à la campagne, où cependant il lui plaisoit maintenant de la ramener, comme si elle étoit rajeunie depuis ce temps-là. Je compris que la bonne vieille ne me demandoit cette permission, dont elle auroit bien pu se passer si je l’avois refusée, qu’afin de ne pas s’exposer à perdre ce que je lui donnois de mon côté. Quoique cette charité me parût très extraordinaire, elle ne me frappa pas alors autant qu’elle a fait dans la suite. Mais quand j’aurois