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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/327

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sous le sceau de l’amitié ; & c’étoit précisément St. L[...]t qu’il avoit choisi pour lui en faire la confidence. Ce dernier trait me décida ; & résolu de rompre avec Diderot pour jamais, je ne délibérai plus que sur la manière ; car je m’étois apperçu que les ruptures secrètes tournoient à mon préjudice, en ce qu’elles laissoient le masque de l’amitié à mes plus cruels ennemis.

Les règles de bienséance établies dans le monde sur cet article semblent dictées par l’esprit de mensonge & de trahison. Paroître encore l’ami d’un homme dont on a cessé de l’être, c’est se réserver des moyens de lui nuire en surprenant les honnêtes gens. Je me rappelai que quand l’illustre Montesquieu rompit avec le P. de Tournemine, il se hâta de le déclarer hautement, en disant à tout le monde : N’écoutez ni le P. de Tournemine ni moi, parlant l’un de l’autre ; car nous avons cessé d’être amis. Cette conduite fut très applaudie, & tout le monde en loua la franchise & la générosité. Je résolus de suivre avec Diderot le même exemple : mais comment de ma retraite publier cette rupture authentiquement, & pourtant sans scandale ? Je m’avisai d’insérer par forme de note, dans mon ouvrage, un passage du livre de l’Ecclésiastique, qui déclaroit cette rupture & même le sujet assez clairement pour quiconque étoit au fait, & ne signifioit rien pour le reste du monde, m’attachant, au surplus, à ne désigner dans l’ouvrage l’ami auquel je renonçois qu’avec l’honneur qu’on doit toujours rendre à l’amitié même éteinte. On peut voir tout cela dans l’ouvrage même.