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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/325

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mouvements, le mien mêloit le sentiment de ses peines aux idées que la méditation de mon sujet m’avoit fait naître ; mon travail se sentit de ce mélange. Sans m’en apercevoir, j’y décrivis ma situation actuelle ; j’y peignis G[...]Mde. D’

[Epina] y, Mde. d’H[...], St. L[...]t, moi-même. En l’écrivant, que je versai de délicieuses larmes ! Hélas ! on y sent trop que l’amour, cet amour fatal dont je m’efforçois de guérir, n’étoit pas encore sorti de mon cœur. À tout cela se mêloit un certain attendrissement sur moi-même, qui me sentois mourant, & qui croyois faire au public mes derniers adieux. Loin de craindre la mort, je la voyois approcher avec joie ; mais j’avois regret de quitter mes semblables sans qu’ils sentissent tout ce que je valais, sans qu’ils sussent combien j’aurois mérité d’être aimé d’eux s’ils m’avoient connu davantage. Voilà les secrètes causes du ton singulier qui règne dans cet ouvrage, & qui tranche si prodigieusement avec celui du précédent. *

[*Le Discours sur l’inégalité.]

Je retouchois & mettois au net cette lettre, & je me disposois à la faire imprimer, quand, après un long silence, j’en reçus une de Mde. d’H[...], qui me plongea dans une affliction nouvelle, la plus sensible que j’eusse encore éprouvée. Elle m’apprenoit dans cette lettre, que ma passion pour elle étoit connue de tout Paris ; que j’en avois parlé à des gens qui l’avoient rendue publique ; que ces bruits, parvenus à son amant, avoient failli lui coûter la vie ; qu’enfin il lui rendoit justice, & que leur paix étoit faite ; mais qu’elle lui devoit, ainsi qu’à elle-même & au soin de sa réputation,