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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/319

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des noirceurs atroces, sans jamais pouvoir apprendre en quoi ils les faisoient consister. Tout ce que je pus déduire de la rumeur publique fut qu’elle se réduisoit à ces quatre crimes capitaux : 1°. ma retraite à la campagne ; 2°. mon amour pour Mde. d’H[...]; 3°. refus d’accompagner à Genève Mde. D’

[Epina] y ; 4°. sortie de l’Hermitage. S’ils y ajoutèrent d’autres griefs, ils prirent leurs mesures si justes, qu’il m’a été parfaitement impossible d’apprendre jamais quel en étoit le sujet.

C’est donc ici que je crois pouvoir fixer l’établissement d’un système adopté depuis par ceux qui disposent de moi, avec un progrès & un succès si rapides, qu’il tiendroit du prodige, pour qui ne sauroit pas quelle facilité tout ce qui favorise la malignité des hommes trouve à s’établir. Il faut tâcher d’expliquer en peu de mots ce que cet obscur & profond système a de visible à mes yeux.

Avec un nom déjà célèbre & connu dans toute l’Europe, j’avois conservé la simplicité de mes premiers goûts. Ma mortelle aversion pour tout ce qui s’appeloit parti, faction, cabale, m’avoit maintenu libre, indépendant, sans autre chaîne que les attachemens de mon cœur. Seul, étranger, isolé, sans appui, sans famille, ne tenant qu’à mes principes & à mes devoirs, je suivois avec intrépidité les routes de la droiture, ne flattant, ne ménageant jamais personne aux dépens de la justice & de la vérité. De plus, retiré depuis deux ans dans la solitude, sans correspondance de nouvelles, sans relation des affaires du monde, sans être instruit ni curieux de rien, je vivois à quatre lieues de Paris, aussi