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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/298

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que je vous écris ce billet. S’il vous déplaît, jetez-le au feu & qu’il n’en soit non plus question que s’il n’eût jamais été écrit. Je vous salue, vous aime & vous embrasse."

Le tremblement de colère, l’éblouissement qui me gagnoient en lisant ce billet & qui me permirent à peine de l’achever, ne m’empêchèrent pas d’y remarquer l’adresse avec laquelle Diderot y affectoit un ton plus doux, plus caressant, plus honnête que dans toutes ses autres lettres, dans lesquelles il me traitoit tout au plus de mon cher, sans daigner m’y donner le nom d’ami. Je vis aisément le ricochet par lequel me venoit ce bill & dont la suscription, la forme & la marche déceloient même assez maladroitement le détour : car nous nous écrivions ordinairement par la poste ou par le messager de Montmorency & ce fut la premiere & l’unique fois qu’il se servit de cette voie-là.

Quand le premier transport de mon indignation me permit d’écrire, je lui traçai précipitamment la réponse suivante, que je portai sur-le-champ, de l’Hermitage où j’étois pour lors, à la C[...]e, pour la montrer à Mde. D’

[Epina] y, à qui, dans mon aveugle colère, je la voulus lire moi-même, ainsi que le billet de Diderot.

"Mon cher ami, vous ne pouvez savoir ni la force des obligations que je puis avoir à Mde. D’

[Epina] y, ni jusqu’à quel point elles me lient, ni, si elle a réellement besoin de moi dans son voyage, ni si elle désire que je l’accompagne, ni s’il m’est possible de le faire, ni les raisons que je puis avoir de m’en abstenir. Je ne refuse pas de