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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/290

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Duclos le prouve sans réplique. Croira qui voudra que c’étoit de l’amitié.

Cette prétendue amitié m’étoit aussi fatale au dedans qu’au dehors. Les longs & fréquens entretiens avec Mde. le Vasseur depuis plusieurs années avoient changé sensiblement cette femme à mon égard & ce changement ne m’étoit assurément pas favorable. De quoi traitaient-ils donc dans ces singuliers tête-à-tête ? Pourquoi ce profond mystère ? La conversation de cette vieille femme était-elle donc assez agréable pour la prendre ainsi en bonne fortune & assez importante pour en faire un si grand secret ? Depuis trois ou quatre ans que ces colloques duroient, ils m’avoient paru risibles ; en y repensant alors, je commençai de m’en étonner. Cet étonnement eût été jusqu’à l’inquiétude, si j’avois sçu Dès-lors ce que cette femme me préparait.

Malgré le prétendu zèle pour moi dont G[...]se targuoit au dehors & difficile à concilier avec le ton qu’il prenoit vis-à-vis de moi-même, il ne me revenoit rien de lui d’aucun côté qui fût à mon avantage & la commisération qu’il feignoit d’avoir pour moi tendoit bien moins à me servir qu’à m’avilir. Il m’ôtoit même, autant qu’il étoit en lui, la ressource du métier que je m’étois choisi, en me décriant comme un mauvais copiste ; & je conviens qu’il disoit en cela la vérité ; mais ce n’étoit pas à lui de la dire. Il prouvoit que ce n’étoit pas plaisanterie, en se servant d’un autre copiste, & en ne me laissant aucune des pratiques qu’il pouvoit m’ôter. On eût dit que son projet étoit de me faire dépendre de lui & de son crédit pour ma subsistance,