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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/260

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un jour invitée à venir avec M. de M

[argenc] y, dîner à l’Hermitage pour la premiere fois depuis que j’y demeurois, elle prit le tems que je me promenois avec M

[argenc] y pour entrer dans mon cabinet avec la mere & la fille, & les presser de lui montrer les lettres de Mde. d’H[...]. Si la mere eût sçu où elles étoient, les lettres étoient livrées ; mais heureusement la fille seule le savoit & nia que j’en eusse conservé aucune. Mensonge assurément plein d’honnêteté, de fidélité, de générosité, tandis que la vérité n’eût été qu’une perfidie. Mde. D’

[Epina] y, voyant qu’elle ne pouvoit la séduire, s’efforça de l’irriter par la jalousie, en lui reprochant sa facilité & son aveuglement. Comment pouvez-vous, lui dit-elle, ne pas voir qu’ils ont entre eux un commerce criminel ? Si, malgré tout ce qui frappe vos yeux, vous avez besoin d’autres preuves, prêtez-vous donc à ce qu’il faut faire pour les avoir : vous dites qu’il déchire les lettres de Mde. d’H[...]aussitôt qu’il les a lues. Eh bien ! recueillez avec soin les pièces & donnez-les-moi ; je me charge de les rassembler. Telles étoient les leçons que mon amie donnoit à ma compagne.

Thérèse eut la discrétion de me taire assez long-tems toutes ces tentatives ; mais voyant mes perplexités, elle se crut obligée à me tout dire, afin que, sachant à qui j’avois affaire, je prisse mes mesures pour me garantir des trahisons qu’on me préparoit. Mon indignation, ma fureur ne peut se décrire. Au lieu de dissimuler avec Mde. D’

[Epina] y à son exemple, & de me servir de contre-ruses, je me livrai sans mesure à l’impétuosité de mon naturel, & avec mon étourderie