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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/198

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effaçoit des préjugés bien enracinés dans le reste de l’Europe, en se donnant la réputation d’avoir un respect éclairé pour le droit des gens.

Ceux qui jugeront sur l’événement, que ma confiance m’a trompé, pourroient bien se tromper eux-mêmes. Dans l’orage qui m’a submergé, mes livres ont servi de prétexte, mais c’étoit à ma personne qu’on en vouloit. On se soucioit très peu de l’auteur, mais on vouloit perdre Jean-Jacques & le plus grand mal qu’on oit trouvé dans mes écrits étoit l’honneur qu’ils pouvoient me faire. N’enjambons point sur l’avenir. J’ignore si ce mystère, qui en est encore un pour moi, s’éclaircira dans la suite aux yeux des lecteurs ; je sais seulement que, si mes principes manifestés avoient dû m’attirer les traitemens que j’ai soufferts, j’aurois tardé moins long-tems à en être la victime, puisque celui de tous mes écrits où ces principes sont manifestés avec le plus de hardiesse, pour ne pas dire d’audace, avoit paru avoir fait son effet même avant ma retraite à l’hermitage, sans que personne eût songé, je ne dis pas à me chercher querelle, mais à empêcher seulement la publication de l’ouvrage en France, où il se vendoit aussi publiquement qu’en Hollande. Depuis lors la nouvelle Héloise parut encore avec la même facilité, j’ose dire avec le même applaudissement ; & ce qui semble presque incroyable, la profession de foi de cette même Héloise mourante est exactement la même que celle du vicaire Savoyard. Tout ce qu’il y a de hardi dans le Contrat Social étoit auparavant dans le Discours sur l’inégalité ; tout ce qu’il y a de hardi dans l’Émile étoit auparavant dans la Julie. Or