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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/197

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vivre, sans jamais désobéir à ses lois ; & très attentif à ne pas violer le droit des gens, je ne voulois pas non plus renoncer par crainte à ses avantages.

J’avoue même qu’étranger & vivant en France, je trouvois ma position très-favorable pour oser dire la vérité ; sachant bien que, continuant comme je voulois faire à ne rien imprimer dans l’état sans permission, je n’y devois compte à personne de mes maximes & de leur publication partout ailleurs. J’aurois été bien moins libre à Genève même, où, dans quelque lieu que mes livres fussent imprimés, le magistrat avoit droit d’épiloguer sur leur contenu. Cette considération avoit beaucoup contribué à me faire céder aux instances de Mde. D’

[Epina] y & renoncer au projet d’aller m’établir à Genève. Je sentois, comme je l’ai dit dans l’Émile, qu’à moins d’être homme d’intrigues, quand on veut consacrer des livres au vrai bien de la patrie, il ne faut point les composer dans son sein.

Ce qui me faisoit trouver ma position plus heureuse étoit la persuasion où j’étois que le gouvernement de France, sans peut-être me voir de fort bon œil, se feroit un honneur, sinon de me protéger, au moins de me laisser tranquille. C’étoit, ce me sembloit, un trait de politique très simple & cependant très-adroite, de se faire un mérite de tolérer ce qu’on ne pouvoit empêcher ; puisque si l’on m’eût chassé de France, ce qui étoit tout ce qu’on avoit droit de faire ; mes livres n’auroient pas moins été faits & peut-être avec moins de retenue ; au lieu qu’en me laissant en repos on gardoit l’auteur pour caution de ses ouvrages & de plus, on