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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/178

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l’avoit affermie par mon aversion naturelle pour la dispute & pour les partis. L’étude de l’homme & de l’univers m’avoit montré partout les causes finales & l’intelligence qui les dirigeoit. La lecture de la bible & sur-tout de l’évangile, à laquelle je m’appliquois depuis quelques années, m’avoit fait mépriser les basses & sottes interprétations que donnoient à Jésus-Christ les gens les moins dignes de l’entendre. En un mot, la philosophie, en m’attachant à l’essentiel de la religion, m’avoit détaché de ce fatras de petites formules dont les hommes l’ont offusquée. Jugeant qu’il n’y avoit pas pour un homme raisonnable deux manières d’être chrétien, je jugeois aussi que tout ce qui est forme & discipline étoit, dans chaque pays, du ressort des lois. De ce principe si sensé, si social, si pacifique, qui m’a attiré de si cruelles persécutions, il s’ensuivoit que, voulant être citoyen, je devois être protestant & rentrer dans le culte établi dans mon pays. Je m’y déterminai ; je me soumis même aux instructions du pasteur de la paroisse où je logeais, laquelle étoit hors de la ville. Je désirai seulement de n’être pas obligé de paroître en consistoire. L’édit ecclésiastique cependant y étoit formel ; on voulut bien y déroger en ma faveur & l’on nomma une commission de cinq ou six membres pour recevoir en particulier ma profession de foi. Malheureusement le ministre Perdriau, homme aimable & doux, avec qui j’étois lié, s’avisa de me dire qu’on se réjouissoit de m’entendre parler dans cette petite assemblée. Cette attente m’effraya si fort, qu’ayant étudié jour & nuit, pendant trois semaines, un petit discours que j’avois préparé,