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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/167

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revenue. À la Cour on ne balançoit qu’entre la Bastille & l’exil, & la lettre-de-cachet alloit être expédiée, si M. de Voyer n’en eût fait sentir le ridicule. Quand on lira que cette brochure a peut-être empêché une révolution dans l’état, on croira rêver. C’est pourtant une vérité bien réelle, que tout Paris peut encore attester, puisqu’il n’y a pas aujourd’hui plus de quinze ans de cette singulière anecdote.

Si l’on n’attenta pas à ma liberté, l’on ne m’épargna pas du moins les insultes ; ma vie même fut en danger. L’orchestre de l’opéra fit l’honnête complot de m’assassiner quand j’en sortirais. On me le dit, je n’en fus que plus assidu à l’opéra & je ne sus que long-tems après que M. Ancelet officier des mousquetaires, qui avoit de l’amitié pour moi, avoit détourné l’effet du complot en me faisant escorter à mon insu à la sortie du spectacle. La ville venoit d’avoir la direction de l’opéra. Le premier exploit du prévôt des marchands fut de me faire ôter mes entrées & cela de la façon la plus malhonnête qu’il fût possible, c’est-à-dire en me les faisant refuser publiquement à mon passage ; de sorte que je fus obligé de prendre un billet d’amphithéâtre, pour n’avoir pas l’affront de m’en retourner ce jour-là. L’injustice étoit d’autant plus criante, que le seul prix que j’avois mis à ma pièce, en la leur cédant, étoit mes entrées à perpétuité ; car quoique ce fût un droit pour tous les auteurs & que j’eusse ce droit à double titre, je ne laissai pas de le stipuler expressément en présence de M. Duclos. Il est vrai qu’on m’envoya pour mes honoraires, par le caissier de l’opéra, cinquante louis que je n’avois pas demandés ; mais outre