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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/148

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D’....y lui avoit parlé de moi & de mon opéra des Muses galantes. Duclos, doué de trop grands talens pour ne pas aimer ceux qui en avoient, s’étoit prévenu pour moi, m’avoit invité à l’aller voir. Malgré mon ancien penchant renforcé par la connoissance, ma timidité, ma paresse me retinrent tant que je n’eus aucun passeport auprès de lui que sa complaisance : mais, encouragé par mon premier succès & par ses éloges qui me revinrent, je fus le voir, il vint me voir ; & ainsi commencèrent entre nous des liaisons qui me le rendront toujours cher, & à qui je dois de savoir, outre le témoignage de mon propre cœur, que la droiture & la probité peuvent s’allier quelquefois avec la culture des lettres.

Beaucoup d’autres liaisons moins solides, & dont je ne fois pas ici mention, furent l’effet de mes premiers succès & durèrent jusqu’à ce que la curiosité fût satisfaite. J’étois un homme sitôt vu, qu’il n’y avoit rien à voir de nouveau dès le lendemain. Une femme cependant, qui me rechercha dans ce tems-là, tint plus solidement que toutes les autres : ce fut Mde. la marquise de Créqui, nièce de M. le bailli de Froulay, Ambassadeur de Malte, dont le frère avoit précédé M. de M

[ontaigu] dans l’ambassade de Venise & que j’avois été voir à mon retour de ce pays-là. Mde. de Créqui m’écrivit ; j’allai chez elle : elle me prit en amitié. J’y dînois quelquefois, j’y vis plusieurs gens de lettres & entre autres M. Saurin, l’auteur de Spartacus, de Barneveldt, etc., devenu depuis lors mon très cruel ennemi sans que j’en puisse imaginer d’autre cause, sinon que je porte le nom d’un homme que son pere a bien cruellement persécuté.