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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/127

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doux des devoirs ? Non, je le sens & le dis hautement, cela n’est pas possible. Jamais un seul instant de sa vie J. J. n’a pu être un homme sans sentiment, sans entrailles, un pere dénaturé. J’ai pu me tromper, mais non m’endurcir. Si je disois mes raisons, j’en dirois trop. Puisqu’elles ont pu me séduire, elles en séduiroient bien d’autres : je ne veux pas exposer les jeunes gens qui pourroient me lire à se laisser abuser par la même erreur. Je me contenterai de dire qu’elle fut telle, qu’en livrant mes enfans à l’éducation publique, faute de pouvoir les élever moi-même, en les destinant à devenir ouvriers & paysans plutôt qu’aventuriers & coureurs de fortunes, je crus faire un acte de citoyen & de père ; & je me regardai comme un membre de la république de Platon. Plus d’une fois depuis lors, les regrets de mon cœur m’ont appris que je m’étois trompé, mais loin que ma raison m’ait donné le même avertissement, j’ai souvent béni le ciel de les avoir garantis par là du sort de leur père & de celui qui les menaçoit quand j’aurois été forcé de les abandonner. Si je les avois laissés à Mde. D’

[Epina] y ou à Mde. de L

[uxembour] g, qui, soit par amitié, soit par générosité, soit par quelque autre motif, ont voulu s’en charger dans la suite, auroient-ils été plus heureux, auroient-ils été élevés du moins en honnêtes gens ? Je l’ignore ; mais je suis sûr qu’on les auroit portés à haÏr, peut-être à trahir leurs parents : il vaut mieux cent fois qu’ils ne les aient point connus.

Mon troisième enfant fut donc mis aux Enfants-trouvés, ainsi que les premiers & il en fut de même des deux suivans ;