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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/121

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jamais le désir que j’avois depuis long-tems de ne faire qu’un ménage avec Thérèse : mais l’embarras de sa nombreuse famille & sur-tout le défaut d’argent pour acheter des meubles, m’avoient jusqu’alors retenu. L’occasion de faire un effort se présenta & j’en profitai. M. de F

[rancuei] l & Mde. D[...]n, sentant bien que huit ou neuf cens francs par an ne pouvoient me suffire, portèrent de leur propre mouvement mon honoraire annuel jusqu’à cinquante louis ; & de plus, Mde. D[...]n, apprenant que je cherchois à me mettre dans mes meubles, m’aida de quelque secours pour cela ; avec les meubles qu’avoit déjà Thérèse nous mîmes tout en commun & ayant loué un petit appartement à l’hôtel de Languedoc, rue de Grenelle St. Honoré, chez de très bonnes gens, nous nous y arrangeâmes comme nous pûmes & nous y avons demeuré paisiblement & agréablement pendant sept ans, jusqu’à mon délogement pour l’Hermitage.

Le pere de Thérèse étoit un vieux bon homme très doux, qui craignoit extrêmement sa femme & qui lui avoit donné pour cela le surnom de lieutenant criminel, que G[...], par plaisanterie, transporta dans la suite à la fille. Mde. le Vasseur ne manquoit pas d’esprit, c’est-à-dire d’adresse ; elle se piquoit même de politesse & d’airs du grand monde ; mais elle avoit un patelinage mystérieux qui m’étoit insupportable, donnant d’assez mauvais conseils à sa fille, cherchant à la rendre dissimulée avec moi & cajolant séparément mes amis aux dépens les uns des autres & aux miens : du reste assez bonne mere parce qu’elle