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des maux ; en un mot, à suivre l’humanité dans la courbe tortueuse qu’elle décrit ; les tentatives de ce Génie original & fécond, pourront nous valoir des connoissances précieuses sur ces objets intéressans. Nous nous empresserons alors à recueillir ces connoissances & à offrir à l’Auteur le tribut de reconnoissance & d’éloges qu’elles lui auront mérité, & qui n’aura pas été, je m’assure, la principale fin de ses recherches.

Il y a lieu, Monsieur, de s’étonner, & je m’en étonnerois davantage, si j’avois moins été appellé à réflechir sur les sources de la diversité des opinions des hommes ; il y a, dis-je, lieu de s’étonner qu’un Ecrivain qui a si bien connu les avantages d’un bon gouvernement, qui les a si bien peints dans sa belle Dédicace à notre République, où il a cru voir tous ces avantages réunis, les ait si-tôt & si parfaitement perdus de vue dans son Discours. On fait des efforts inutiles pour se persuader qu’un Ecrivain qui seroit, sans doute, fâché que l’on ne le crût pas judicieux, préférât sérieusement d’aller passer sa vie dans les bois, si sa santé le lui permettoit, à vivre au milieu de Concitoyens chéris & dignes de l’être. Eût-on jamais présumé qu’un Ecrivain qui pense, avanceroit dans un siecle tel que le nôtre cet étrange paradoxe, qui renferme seul une si grande foule d’inconséquences, pour ne rien dire de plus fort ? Si la nature nous a destinés à être sains,*

[*C’étoit bien sains, sani, & non saints, sancti que portoit le manuscrit original de Philopolis. On ignore si l’on avoit imprimé saints, sancti dans le Mercure de France d’Octobre 1755, & on le présume facilement. Mais cette remarque suffira pour faire tomber la petite plaisanterie de M. Rousseau. Il est singulier qu’il n’eût pas soupçonné ici une faute d’impression. Voyez Œuvres de J. J. Rousseau : Tom I, pag. 185 de l’édit. 4°. Geneve 1782.] j’ose presqu’assurer que l’état de réflexion est un état contre nature, &