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Quand il nous arrive de remonter aux principes de la loi naturelle, nous le faisons à l’exemple des Auteurs sacrés ; & ce n’est point d’une maniere qui nous approche des déistes, puisqu’en donnant à la théologie naturelle plus de solidité & d’étendue que ne sont la plupart d’entr’eux, nous y joignons toujours la révélation, comme un secours du ciel très-nécessaire, & sans lequel les hommes ne seroient jamais sortis de l’état de corruption & d’aveuglement où ils étoient tombés.

Si l’un de nos principes est de ne rien proposer à croire qui heurte la raison, ce n’est point-là, comme on le suppose, un caractere de socinianisme. Ce principe est commun à tous les protestans ; & ils s’en servent pour rejetter des doctrines absurdes, telles qu’il ne s’en trouvé point dans l’Ecriture sainte bien entendue. Mais ce principe ne va pas jusqu’à nous faire rejetter tout ce qu’on appelle mystere ; puisque c’est le nom que nous donnons à des vérités d’un ordre surnaturel, que la seule raison humaine ne découvre pas, ou qu’elle ne sauroit comprendre parfaitement, qui n’ont pourtant rien d’impossible en elles-mêmes, & que Dieu nous a révélées. Il suffit que cette révélation soit certaine dans ses preuves, & précise dans ce qu’elle enseigne, pour que nous admettions de telles vérités, conjointement avec celles de la religion naturelle ; d’autant mieux qu’elles se lient fort bien entr’elles, & que l’heureux assemblage qu’en fait l’Evangile forme un corps de religion admirable & complet.

Enfin, quoique le point capital de notre religion soit d’adorer un seul Dieu, on ne doit pas dire qu’elle se réduise presque à cela, chez presque tout ce qui n’est pas peuple. Les