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sont bonnes, & ce n’est point elles que ces défenseurs de la Religion méprisoient, blâmoient ; car ils n’auroient ni voulu s’en servir, ni pu le faire si utilement : mais c’est le mauvais usage qu’en faisoient ces Philosophes profanes qu’ils reprenoient avec raison

C’est une très-belle action que de désarmer son ennemi, & de le chasser avec ses propres armes : mais M. Rousseau n’est nullement dans ce cas-là ; il n’a désarmé personne ; les armes dont il se sert sont bien à lui : il les a acquises par ses travaux, par ses veilles ; il semble par leur choix & leur éclat, qu’il les ait reçues de Minerve même, & par une ingratitude manifeste, il s’en sert pour outrager cette divinité bienfaictrice ; il s’en sert pour anéantir, autant qu’il est en lui, ce qu’il y a de plus respectable, de plus utile, de plus aimable parmi les hommes qui pensent ; la Philosophie, l’étude de la sagesse, l’amour & la culture des Sciences & des Arts ; il n’y a donc point de justesse dans l’application des exemples que M. Rousseau cite en sa faveur, & il est toujours singulier que l’homme savant, éloquent, qui a conservé toute sa probité, toutes ses vertus, à la reconnoissance prés, en acquérant ces talens, les employe à s’efforcer de prouver qu’ils dépravent des mœurs des autres.

J’ajoute qu’il y a un contraste si nécessaire entre la cause soutenue par M. Rousseau, & les moyens qu’il employe pour la défendre, qu’en la gagnant même, par supposition, il la perdroit encore ; car dans cette hypothese, & selon ses principes, son éloquence, son savoir, en nous subjuguant, nous conduiroient à la vertu, nous rendroient meilleurs, & par