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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/458

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SIXIEME PROMENADE.


Nous n’avons gueres de mouvement machinal dont nous ne pussions trouver la cause dans notre cœur, si nous savions bien l’y chercher.

Hier en passant sur le nouveau boulevard pour aller herboriser le long de la Biévre du côté de Gentilly, je fis le crochet à droite en approchant de la barriere d’enfer, & m’écartant dans la campagne j’allai par la route de Fontainebleau, gagner les hauteurs qui bordent cette petite riviere. Cette marche étoit fort indifférente en elle-même, mais en me rappelant que j’avois fait plusieurs fois machinalement le même détour, j’en recherchai la cause en moi-même, & je ne pus m’empêcher de rire quand je vins à la démêler.

Dans un coin du boulevard, à la sortie de la barriere d’enfer, s’établit journellement en été une femme qui vend du fruit, de la tisanne, & des petits pains. Cette femme a un petit garçon fort gentil, mais boîteux, qui, clopinant avec ses béquilles s’en va d’assez bonne grace demandant l’aumône aux passans. J’avois fait une espece de connoissance avec ce petit bon homme ; il ne manquoit pas chaque fois que je passois de venir me faire son petit compliment, toujours suivi de ma petite offrande. Les premieres fois je fus charmé de le voir, je lui donnois de très-bon cœur & je continuai quelque tems de le faire avec le même plaisir, y joignant même le plus souvent celui d’exciter & d’écouter son petit babil que je trouvois agréable. Ce plaisir devenu par